Archive
Critique de spectacle

THE ENGINES
Casa del Popolo, 10 avril 2013

(Dave Rempis, saxophones – Tim Daisy, batterie – Jeb Bishop, trombone – Kent Kessler, contrebasse)

Je sais pas ce que vous faisiez hier, mais JAZZ était en ville, pis pas à peu près! Pas « mononc’ jazz », pas « grand-père jazz »(1), non je vous parle de « Chicago-comme-un-gros-fuckin’-faucon-jazz jazz »(2). Quand c’te jazz-là débarque, t’es mieux d’attacher ta tuque de Tim Daisy avec toutes les broches du monde parce sinon tu vas la chercher longtemps dans les objets trouvés de la Berri-UQÀM. Moi, je vous parle ici d’un saxophone qui torche plus qu’un résident de Mayflower après une rupture de pipeline; d’un trombone à la portée plus étendue que les bras d’un collecteur de fonds de Gerry « no knowledge » Tremblay; d’une contrebasse qui slam plus qu’un Stewar(t)d en manque d’action chez le milliardaire du coin; pis d’une batterie qui monopolise encore plus d’attention qu’un vieux hasbeen au Festival d’été de Québec.

Reste à voir si mononc’ saura tirer des leçons du faucon… (FSD)

__________________________________
(1) Quoi que « grand-père jazz » te swingnerait des Agnès Maltais à babord à grands coups de Charles Mingus ces temps-ci…
(2) Ben oui l’jeune, t’es ben smatte

engines2

Poursuivre la lecture...

Ce n’était pas pour les puristes… Can you dig it Montreal !

Variations Goldberg réinventées, Uri Caine Ensemble, 17 novembre 2011, 19h30, L’Astral, dans le cadre du 5e Festival Bach de Montréal…

Lier la musique classique au jazz, ça souvent été fait. De bons résultats, de moins bons résultats…Je me souviens être tombé sur Jacques Loussier via Soulseek il y a une couples d’années. Ça passait le test dans mon cas, pour son Mozart notamment (même si par moment, je tiquais…) J’aime beaucoup Jean Sébastien Bach, j’en écoute relativement souvent (je dirais quelques fois par semaine). Vous connaissez mon amour du jazz. En ce sens, le passage de Uri Caine à Montréal tombait dans la catégorie « concert à ne pas manquer ». Sans attendre je peux le dire, ce fut un bon concert, pas parfait, mais somme toute l’exercice passe la rampe haut la main. Simplement parce que c’est Uri Caine que l’on va entendre et non pas Bach. Il faut se mettre ça dans la tête en partant. J’aime bien ce pianiste que j’ai découvert avec l’album The Philadelphia Experiment (Ropeadope, 2001). C’est un pianiste complet n’ayant pas peur de s’attaquer à quelques « monstres sacrés » du répertoire classique afin de les interprétés de manière plutôt actuelle. On ne parle pas juste d’interprétation, mais bien de réinterprétation. Ça devient sa composition, à partir de celle du compositeur.

C’est toujours plaisant aller aux concerts classiques. Il y a quelques années j’y allais régulièrement, au moins deux fois semaines. À un concert classique, j’aime beaucoup les notes de programme (ce que l’on a jamais dans le jazz…) Cela permet de nous introduire conceptuellement et historiquement par rapport à l’œuvre que nous allons entendre. J’apprends ainsi que le projet des Variations Goldberg réinventées remonte à l’an 2000 avec la parution d’un album double intitulé Aria and 70 Variations for Various Enembles, Adapted, Arranged and Composed by Uri Caine after Johann Sebastian Bach. Pour le concert présenté à L’Astral, l’ensemble fut réduit à 7 musiciens, dont une chanteuse. Le programme suivait aussi de très près la structure originale de l’oeuvre de Bach, c’est-à-dire Aria, 30 variations, Aria da capo. J’ai dit concert classique, mais après quelques minutes nous avons réalisé qu’il n’en était rien !

Le concert fut divisé en deux parties avec entracte. Nous avons reconnu l’Aria au départ joué de manière conventionnelle (tout le long du concert, quelques variations furent jouées de manière similaire aux « originales »). Par la suite, ce fut tout autre. Caine a vu dans les Variations Goldberg un prétexte, une amorce vers plusieurs autres styles musicaux de la sphère jazz ou blues. Ainsi, toutes sortes d’ambiances musicales vont défiler pendant presque deux heures. Au passage nous entendrons du bop, du hard-bop, de la bossa-nova, du tango, du jazz modal (dans le style Miles 2e quintet), du jazz-rock avec de la basse guitare, du avant-jazz, du free-jazz, du blues, du swing, du scat, du gospel, du rhythm and blues…Tout ça s’enchaînant sans véritable arrêt. Ça décoiffe !

On reconnaîtra ici et là les effets et mélodies de Bach, normalement en début et fin des pièces. J’imagine les monsieurs et les madames du Ladies Morning Musical Club lorsqu’ils ont vu Barbara Walker s’avancer sur scène et nous balancer un gros blues criard. Oh boy, nous étions loin de l’atmosphère boisée du Redpath Hall de McGill. Avec sa voix puissante et rêche, elle interpella le public par son charisme et sa présence. Une large place lui fut réservée dans ce concert, revenant à quelques reprises afin de réchauffer la salle. Sauf qu’après 2 apparitions, j’étais sevré. Lorsqu’elle venait chanter ou déclamer puissamment (est-ce qu’elle improvisait ? Je pense que oui) le concert prenait alors une tournure drolatique, à la limite burlesque. Come on Montreal… Put your hands in the air… Can you dig it !

Individuellement, les musiciens de l’ensemble sont tous très bons. La réputation de Jim Black à la batterie n’est plus à faire. Solide, sec et tranchant, il peut jouer n’importe quoi. Les deux « souffleurs » furent bien utilisés avec quelques solos ici et là. J’ai préféré Morgan Moore à la contrebasse (gros son bien rond et groovy), plutôt qu’à la guitare basse (on l’entendait pas bien.) La violoniste québécoise Bénédicte Lauzière nous impressionna par son calme et la justesse de son jeu. Pas facile de garder la ligne lorsque derrière ça improvise et que l’on doit rendre la partition de Bach. Dans la deuxième partie du concert elle aura la chance de briller avec une variation solo au grand plaisir de la foule qui pouvait enfin goûter son Bach sans artifices. Reste que sa participation aux improvisations fut très limitée… Au piano, Caine est tout simplement partout. Déconstruisant Bach, y allant de stride ou de bossa-nova il est passionnant à regarder jouer. Très rythmé, il n’est pas ennuyeux.

Je crois que le public était divisé en trois clans. Les amateurs de jazz, les amateurs de Bach et de musique classique et les amateurs des deux (la plupart). Après l’Aria du début, quelques applaudissements fusèrent, ce ne fut pas long que les « shhhhh » répliquèrent. Voilà deux types de spectateurs aux antipodes… Reste qu’après quelques solides variations, les applaudissements ne pouvaient êtres étouffés.

Ce fut un concert très dense où plusieurs idées furent lancées, parfois de manière « incomplète ». C’est beaucoup de musique à digérer pour les musiciens et par ricochet pour le spectateur. Je crois que public « cible » était plutôt celui du jazz. La matière « classique » fut tellement retravaillée qu’il fallait une bonne connaissance du jazz afin d’y prendre son pied (notamment dans les moments plus free). Le seul bémol, si on doit en trouver un, ce sont les éclairages…my god que ça bougeait pour rien. Il y a plus de couleur dans le son que dans un « spot »…. arrêtez de beurrer !

Jean Sébastien Bach comme la clé de voûte de la musique occidentale…

Aria et variations pour ensembles variés, adaptées, arrangées et composées par Uri Caine d’après l’oeuvre de Johann Sebastian Bach. (Variations Goldberg, BWV 988)

avec :

Uri Caine, piano, composition; Jim Black, percussions; Chris Speed, clarinette, saxophone; Barbara Walker, voix; Kirk Knuffke, trompette; Bénédicte Lauzière, violon; Morgan Moore, contrebasse, guitare basse.

programme :

Aria
1.Variation 1
2.Variation for piano solo
3.Chris’s Variation
4.Variation 4
5.The Nobody Knows Variation
6.The Hot 6 Variation
7.Variation 7
8.Variation 8
9.Canon at the 3rd in 3/4
10.The Rachmaninoff Variation
11.Variation 9
12.Variation 10
13.Luther’s Nightmare Variation
14.The Jaybird Lounge Variation
15.Variation 15
16.The Hallelujah Variation
17.The Tango Variation

entracte

18. Variation 18
19.The Boxy Variation
20.Variation for Violin solo
21.Variation 21
22.The Contrapunto Variation
23.The Mozart Variation
24.Variation for Clarinet and Trumpet
25.Variation 22
26.Variation 25
27.The Verdi Variation
28.Variation 29
29.Variation 30
30.The Blessings Variation

- Maxime Bouchard (Jazz à crédit)

*crédit photo: Peter Gannushkin

Poursuivre la lecture...

Ari Hoenig Lines Of Oppression, 21 octobre 2011 21h, à L’Astral…

avec : Tigran Hamasyan (piano), Gilad Hekselman (guitare), Chris Tordini (contrebasse), Ari Hoenig (batterie).
On pensait que ç’allait être fantastique, ce ne le fut pas…

Je vais vous parler brièvement de ma soirée de vendredi à L’Astral. C’était la première fois que je voyais les musiciens du quatuor. Oh oui j’avais entendu parler de Tigran Hamasyan comme étant la 7e merveille du monde pianistique (on va se calmer les nerfs !), oui j’avais écouté l’album Lines Of Oppression avant le concert… mais si le groupe avait terminé sa prestation après seulement le premier set, l’on aurait pu crier à l’arnaque, car c’était ordinaire. Le premier set dura 1 heure pour 4 titres, principalement tirés du nouvel album Lines of Oppression (Naïve, 2011). Il y avait foule, il y avait attente (le concert originalement programmé à 20h, débuta à 21h05, va savoir pourquoi).

En guise d’introduction Hoenig annonça qu’il s’agissait du premier concert de la tournée, c’était la première fois que les musiciens se retrouvaient après avoir enregistré l’album il y a un an…Résultat ? Un manque flagrant de cohésion, des musiciens sur leur garde, un manque de folie et une retenue certaine. Il aura fallu attendre une demi-heure avant de voir et d’entendre quelques étincelles. C’était déjà le 3e morceau du set, c’était Rhythm-A-Ning de Thelonious Monk. Les musiciens se regardaient beaucoup, semblaient se chercher, ils attendaient les signaux du batteur. C’est drôle à dire, mais ça manquait de rythme… dans un show avec le batteur comme leader, c’est, comment dirais-je, étrange…

Ce dernier est un batteur vraiment particulier. Entre le batteur de free-jazz pas assumé et le batteur de free-bop. Dans une même pièce, il alternera plusieurs styles, le tempo n’étant jamais vraiment fixe. Il est certes doué, mais à en faire trop il risque de s’égarer. Surtout dans ce contexte, il clash avec les autres dans une certaine incohérence. Ses compagnons sont tous des musiciens de fort calibre. Le guitariste (Gilad Hekselman) sans péter la baraque possède un son mince et léger, agréable, dans la tradition des guitaristes jazz (on préfère Adam Rogers ou Lage Lund). Il prendra quelques solos qui s’effaceront rapidement de notre mémoire. Le contrebassiste (Chris Tordini) ayant l’air très sérieux, n’aura pas de très longs solos. Par contre, il assume sa tâche avec professionnalisme. Son meilleur groove sera sur le dernier titre du premier set, la pièce Ska, avec des relents reggae et funky.

Le pianiste maintenant. Presque ovationné dès le début du spectacle il est ici dans un territoire qui n’est pas encore véritablement le sien, c’est-à-dire membre d’un groupe duquel il n’est pas le leader ni la force brute. On ressent beaucoup de talent et de qualité chez lui. Il a un pouvoir d’attraction indéniable. Parfois, il jouera seulement de la main droite en accompagnement. Parfois, sa main viendra pincer les cordes directement dans le piano. Il aura la chance de briller sur la reprise de Moanin de Bobby Timmons (pièce se trouvant aussi sur le disque). Très rapide de la main droite, il enchaînera les chorus de manière inventive et réjouissante. Enfin, mais nous étions déjà loin dans le concert malheureusement. Moanin sera introduite de façon amusante par Hoenig sur le thème de The Godfather, c’était bien. Avant le rappel, ils jouèrent la pièce que je considère la meilleure sur l’album, Arrows and Loops. Possédant un joyeux thème saccadé, c’est une pièce rapide et relativement exigeante pour les musiciens. Le concert finissait fort. Hoenig est revenu par la suite jouer en solo un classique folk que je ne connaissais pas. Il aime mettre son coude sur ses peaux…

 

- Maxime Bouchard (Jazz à crédit)

Poursuivre la lecture...

SFJAZZ Collective, mercredi 12 octobre 2011, L’Astral, 20h…

Miguel Zenon (sax alto), Mark Turner (sax tenor), Avishai Cohen (trompette), Robin Eubanks (trombone), Stefon Harris (vibraphone), Edward Simon (piano), Matt Penman (contrebasse), Kendrick Scott (batterie)

*Attention, contient des parenthèses…

Parfois dans la vie, mieux vaut ne pas avoir le choix. Comme hier par exemple. Un simple mercredi d’octobre à Montréal, tu te dis :  » je vais aller au concert question de mettre derrière soi toutes ces mauvaises pensées éthiques de construction de la collusion d’un parti politique envers son chef », puis paf… y’a trop d’offre ! Comment ça trop ? C’est jamais trop tu vas me dire puis tu as bien raison, mais trop dans le sens de se sentir mal de manquer tel concert pour voir tel autre. Un peu comme choisir Ryan Kesler dans son pool plutôt que Claude Giroux mettons…pas un mauvais choix, mais…

Hier, j’avais donc plusieurs options, j’ai choisi la confortable et j’ai bien fait ! Je suis allé voir le SFJAZZ Collective à L’Astral. C’était la deuxième fois que je voyais ce collectif (normalement, il change de membres et de répertoire à chaque année, mais cette année les mêmes musiciens que l’an dernier sont de retour). Pendant ce temps, il y avait à l’OFF festival de jazz The Element Choir Projet (assez pété comme projet), puis à L’Envers un trio fantastique de free-jazz hollandais, Braam/DeJoode/Vatcher. Tu vas me dire, ouais, mais y’a-t-il assez de public pour toutes ces propositions ? La réponse semble être oui. Montréal n’a rien à envier aux autres villes en matière de jazz (à part New York, mais la Grosse Pomme, c’est, you know, the real thing !)

Une fois la certaine déception de manquer tout ce si bon jazz (ah, si seulement comme dans le roman d’Apollinaire j’avais le don d’ubiquité) je suis arrivé à La Maison du Festival (placez ici le nom d’un commanditaire très présent dans ma région natale, le Saguenay-Lac-St-Jean) un peu en avance. Ça tombait bien, il y a avait au 2e étage, lui aussi commandité, le vernissage d’une exposition d’œuvres de Jean-Paul Riopelle. Qui dit vernissage, dit vin gratuit et personnalités sélectes en mode j’aime la peinture (ou plutôt la gravure) ! Raoul Duguay nous a même joué de la trompette, ataboy ! Les tableaux, pour la plupart des lithographies sont très colorés et très chers… Hiboux, oies… J’ai aussi visité le petit musée du FIJM adjacent. Très bonne idée, mais rien pour écrire à sa mère…

À 20h, le concert débuta…Encore une fois, le groupe s’amena sur scène, qui semblait pour l’occasion très petite, sans présentation (I don’t know why…) Au devant il y avait le vibraphone, puis le trombone, la trompette et les deux saxophones. À l’arrière, le piano, la contrebasse et la batterie. À chaque année le collectif se renouvelle autour d’un compositeur (par le passé, Ornette Coleman, John Coltrane, Herbie Hancock, Thelonious Monk, Wayne Shorter, McCoy Tyner, Horace Silver). Cette année, pour une première fois c’est l’œuvre d’un artiste populaire, en l’occurrence Stevie Wonder, qui fut arrangée. Chacun des membres du collectif arrange une ou des pièces du compositeur tout en composant des morceaux originaux. Mercredi, nous avons eu droit à 9 pièces, déclinées sur deux sets.

Dès le départ, le groupe affirma sa nature propulsée par l’énergie du vibraphoniste Stefon Harris. Il est clair que nous sommes devant un groupe de calibre international aux racines mondiales (les membres représentants les pays suivants : Venezuela, Porto-Rico, États-Unis, Israël, Nouvelle-Zélande.) La musique sera mid-tempo, avant de s’enliser dans une ballade puis de repartir de plus belle avant l’entracte. Pour être franc, je ne suis pas là pour entendre du Stevie Wonder, je m’en fou, je veux voir et entendre des musiciens de haute tenue. Individuellement, ils sont tous des leaders, des artistes originaux. Ensemble, ils perdent un brin de leur saveur et c’est normal, le collectif ayant préséance. Le tout n’est pas supérieur à la somme des parties…

Les pièces se ressembleront par leur structure. Début en solo, ou en trio, puis les autres musiciens rejoignent l’ensemble, thème avec plusieurs lignes harmoniques intéressantes, solo d’un ou deux musiciens supporté par la section rythmique, puis retour de l’ensemble, coda, ensuite nouveau solo, etc.… La clé du collectif réside dans les arrangements fabuleux qu’ils opèrent aux morceaux. Il y a beaucoup de texture, des sonorités complexes, il faut être aux aguets afin de bien capter l’information, l’œil nous aide où l’oreille flanche. Au piano, Simon se fait discret, tellement que si on ne le regarde pas, nous l’oublions, richesse des arrangements je vous dis (son solo viendra en deuxième partie dans une pièce aux accents latins.) Il est dans l’ombre du vibraphoniste Harris. Énergique, enjoué, il présentera le groupe en français (Matt Penman aussi nous parlera français.) Le son du vibraphone est une composante essentielle de cet ensemble. C’est le nœud et le lien entre les cuivres et la section rythmique.

Le meilleur solo de la soirée viendra d’Avishai Cohen (sur la première pièce du deuxième set.) Avec l’intensité d’un Hubbard, l’énergie d’un Charles Tolliver ou le timbre d’un Miles Davis, il signera des longues phrases pointues, sèches, énergisantes, grisantes, au grand plaisir de la foule. Le deuxième meilleur solo sera celui de Zenon au sax alto. Notons la présence toujours sans failles d’Eubanks au trombone (bon solo dès l’ouverture du concert) le vétéran du groupe à 55 ans. Mark Turner pour sa part se fait discret. Le batteur Kendrik Scott, caché derrière, fait son travail en maintenant la cadence, jouant beaucoup du rebord de la batterie, tel Art Blakey, et usant régulièrement du hi-hat et des cymbales. C’est dommage qu’il soit caché…

Le funk/R&B de Wonder se fera sentir plus particulièrement sur deux morceaux. Premièrement sur The Economy de Matt Penman. Un gros groove de contrebasse-batterie ouvrira ce qui sera l’une des meilleures compositions au programme. Un brin alambiquée, très moderne et fraîche, cette composition aux mesures variables ravira le public qui attendait depuis déjà quelques longues minutes une bonne dose d’énergie (elle fut jouée après une ballade.) Puis, deuxièmement, avant le rappel l’inoubliable Superstition que tout le monde attendait…Opération réussi avec une ouverture piano-contrebasse-batterie-trombone, suivi d’un chorus intense et de bons solos directs.

On retient donc de cette soirée un jazz propre, actuel, accessible, mais relativement complexe lorsqu’on y regarde de plus près. Sous une certaine facilité se cache beaucoup de travail d’écriture. Mes bémols : pas assez de périodes d’improvisations très libres (quoi qu’à un moment donné, Cohen ira jouer de sa trompette dans le piano ouvert) et pas assez de solos décrassants…mais ça c’est moi. Très belle soirée !

par Maxime Bouchard (Jazz à crédit)

Programme :
• Race Babbling
(arr. Robin Eubanks)
Visions
(arr. Stefon Harris)
Family
(comp. Avishai Cohen)
The Economy
(comp. Matt Penmann)
Entracte :
Young and Playful
(comp. Edward Simon)
Blame It On the Sun
(arr. Mark Turner)
Creepin’
(arr. Matt Penman)
Superstition
(arr. Miguel Zenon)
Rappel :
Life Signs
(comp. Stefon Harris)

site internet de SJJAZZ Collective

Poursuivre la lecture...

Trio Derome Guilbeault Tanguay +
Socalled / Nozen
Lion d’or, 7 octobre 2011

Trio Derome Guilbeault Tanguay
Qu’il n’y ait qu’un seul jazz ou plusieurs, que son existence même soit remise en question ou pas, personne ne pourrait réunir plus de consentement que le trio de force de Jean Derome, Normand Guilbeault et Pierre Tanguay sur le sujet. Difficile donc de commenter un concert où les parrains de notre scène ne font que le plus naturel des gestes : étaler leur art dans sa plus pure version. Poursuivant dans l’élan du magnifique Danse à l’Anvers (Ambiances Magnétiques Jazz, 2011), le trio a doucement navigué entre les compositions de maître Derome et celui de la grande histoire du jazz, déconstruisant au passage le classique de Ray Henderson, The Best Things In Life Are Free. Autre moment phare de la prestation fut celui où ce même Derome fredonna doucement les paroles d’un You Can Depend On Me, sous le délire d’une foule décidément bien heureuse par la surprise. Inutile de le répéter, mais faisons-le tout de même, Normand Guilbeault commanda sa contrebasse comme seul lui sait le faire et Pierre Tanguay n’a que réitéré son titre de premier batteur de la nation.

Socalled / Nozen
Rappelons-nous de cette première mouture du Tremblement de fer de Pierre Labbé et ses 50 musiciens, une commande de l’OFF qui, après un départ un peu éparpillé, a pris beaucoup de gallon en se réorientant vers une (inévitable) formation plus réduite et plus concise. Un projet de la sorte n’aurait jamais vu le jour sans le support de l’OFF. La même conclusion pourrait être tirée de cette fusion entre le projet du multi-instrumentiste Socalled et la formation free-klez (bah, utilisons ce terme au dépit d’un autre…) Nozen de Damian Nisenson. Gravitant généralement autour du répertoire du quartet et de quelques mélodies hébraïques, le concert s’est lentement dirigé vers une finale plus socalledienne au plaisir des quelques disciples de la star montréalaise qui n’hésitèrent pas à improviser un petit plancher de dans dans un Lion d’Or confortablement assis. Alors que l’intégration des échantillons laissait à désirer par une cohésion brouillonnant les rythmes de Pierre Tanguay (batterie) et Jean-Félix Mailloux (basse et contrebasse), celle des piano et claviers relevait d’un cran le jeu d’ensemble des musiciens. L’histoire saura nous dire si Nozen retentera l’expérience avec un Socalled délaissé à ses simples pianos et accordéons. Preuve fut d’ailleurs servie lors d’une très jolie finale tout en acoustique où saxophone, accordéon, et contrebasse défilèrent en plein milieu d’un public conquis par un esprit festif n’ayant jamais manqué au rendez-vous. (FD)

Poursuivre la lecture...

Yaron Herman Trio, 4 juillet 2011, 21h, l’Astral

Dernière soirée au FIJM, dernier concert jazz pour un petit bout. Ça va faire du bien de pouvoir retourner à la lecture en soirée !

Peu avant 20h, il y avait déjà pas mal de monde sur le site en prévision du concert de clôture. C’est pas compliqué, tu dis « événement spécial » pis le monde se jette dans la rue, vite vite je veux voir… peu importe c’est quoi le band, tant que ce ne soit pas du jazz.

Moi j’avais rendez-vous à l’Astral avec un autre jeune pianiste français d’origine israélienne, Yaron Herman. Avant le concert, suis monté au 2e étage, à la salle de presse. C’était la première fois du festival que j’y allais, je ne suis pas du genre à flasher avec ma carte de presse dans le cou. Maudit, j’aurais du y aller avant, il donne la bière aux journalistes, tandis qu’en bas, à l’Astral, le commun des mortels paie 6.75 $ plus taxes et pourboire pour le même produit importé ! Ah les commandites… Mais c’est important un journaliste, c’est un des derniers remparts de la démocratie, ça fait pas juste informer (divertir ?), sans lui la tyrannie nous guette, faut bien le traiter… free press, free beer ! Il y avait quelques photographes et journalistes autour du bar… vous auriez du voir la serveuse, beauté sublime. Bien choisir son staff c’est important, discrimination positive comme on dit.

Me suis pas fait prier, n’ai bu deux en 20 minutes, en lisant les « clips » des journaux affichés sur le babillard. Je ne pense pas que Diana Krall va refaire des concerts solos de sitôt moi… elle s’est plantée selon plusieurs, mais ça on le dira pas au bilan final, on va dire trois concerts à guichets fermés, success my friend! Quand on lit entre les lignes, les Dave Brubeck, Tony Bennett et Diana Krall de ce monde font en sorte que plusieurs autres concerts peuvent être programmés à perte. C’est de bonne guère dira-t-on. Pour un Toqué y’a combien de Belle Province ? Boiteux, boiteux…

À mon retour en bas, l’Astral était en verve, y’avait du monde, ça parlait fort. On venait voir et écouter Yaron Herman pour son 3e passage dans la métropole. Il commence à avoir une bonne réputation ce pianiste, la foule étant un peu plus jeune qu’à l’habitude. Je l’ai découvert en 2007 avec son album A Time for Everything sur Naïve. Son plus récent album, son 5e, nommé Follow the White Rabbit est paru sur le label ACT Music en 2010. Sur ce disque on découvre plusieurs visages d’Herman; version jazz intense, version jazz mélodique, version pop-jazz, version kitsch et mauvais. Disons que j’ai seulement aimé la moitié de l’album. Mon interrogation était logiquement la suivante : laquelle des versions allions-nous avoir droit sur scène pour ce concert ? Après 1h15 (seulement !) de concert on peut dire que nous avons eu la bonne version.

Herman déploie un style proche de celui de Thomas Enhco tout en étant plus singulier. Ses compositions sont plus matures et explorent les régions juives de son héritage propre dans un mélange de jazz, de pop, de classicisme et de free. En ce sens, le trio peut, par moment, être très « outside », à la limite du free-jazz. À la batterie, Tommy Crane joue sec, parfois puissamment. Son drum kit est ce qu’il y a de plus simple et cela semble lui être suffisant. Ce n’est pas un super batteur, mais il se débrouille très bien dans ce contexte. Au centre, Matt Brewer à la contrebasse est le lien parfait entre les deux autres musiciens. Ayant joué avec Greg Osby, Lee Konitz, Gonzalo Rubalcaba, c’est un contrebassiste de très haut niveau, le meilleur parmi ceux rencontrés durant ce festival. Il joue vite, fort, clair, précis, libre, groovy. Le genre de musicien rehaussant n’importe quel ensemble dans lequel il se retrouve.

Le trio joua quelques compositions originales, de même que du Nirvana (Heart Shaped Box) et du Britney Spears au rappel (Toxic). La meilleure pièce fut Saturn Returns tirée justement de Follow the White Rabbit. Dans une logique très éclatée, ils improvisèrent longuement (facilement 15 minutes), Herman jouant principalement au centre du clavier, mais se permettant des explorations atonales. Sur d’autres morceaux on le verra pincer les cordes à l’intérieur du piano et jouer une sorte de petit xylophone. Parfois, on pense à une version « molle » de The Bad Plus, le batteur n’étant pas l’ombre de David King cependant et le pianiste étant moins intellectuel. N’en demeure pas moins que l’on peut qualifier cette musique de cérébrale par moment plutôt que viscérale. Par contre, après plus d’une heure de son jeu, on ressent la redite, la surprise n’y est plus vraiment, l’excitation tombe un brin.

Lorsque j’ai quitté l’Astral vers 22h30, ça n’avait pas l’air d’être le gros party dehors. Les B-52’s jouaient une chanson que personne ne connait. En montant Bleury, peu avant de Maisonneuve ils entonnèrent Love Shack, ça du faire plaisir au monde. Puis, proche de Sherbrooke j’ai vu un gars descendre la pente en courant, pour moi c’était sa toune. Trop tard buddy, le festival est maintenant terminé, mais pas le chantier… see you next time !

Maxime Bouchard
Du Vanguard au Savoy, CHOQ.FM / Jazz à crédit, CISM, 89.3 FM

Poursuivre la lecture...