Anat Cohen : Le spleen et la clarinette
Anat Cohen Quartet, 26 juin 2011, 22h30, Gesù
Après une quinzaine intense au Suoni Per Il Popolo je suis allé me ressourcer, ou plutôt m’abreuver, au Lac-St-Jean pendant quelques jours. Au retour je fus happé par le spleen. J’ai regardé mon calendrier afin de savoir où j’en étais. Encore 10 concerts à cette orgie de jazz. Après le décrochage urbain temporaire, retour au béton et aux touristes.
L’action se déplace donc maintenant du coté du Festival International de Jazz de Montréal. L’antre du conservatisme jazzistique en quelque sorte. Il y a du bon au FIJM, mais il y a aussi beaucoup de mauvais ou du « ça pas rapport dans un festival de jazz. » Il y a trop d’absents, pas assez d’audace. Et pour tout dire, le calendrier média qu’on m’a offert afin de choisir les concerts à couvrir n’était pas très relevé ni enthousiasmant. Les concerts « excitants » n’étaient pas accessibles. À part Marc Ribot et David Binney…Honnêtement l’an dernier c’était mieux. Quoi qu’il en soit, nous allons surement apprécier plus que détester. Malheureusement pour les artistes du FIJM, ils viennent après ceux du Suoni. La barre est haute s’ils veulent m’impressionner.
Mon parcours au FIJM 2011 débuta par le quartet de la clarinettiste/saxophoniste Anat Cohen. Née en Israël, elle habite New-York et fait un jazz de type New-York jazz club steak-frites. Elle nous proposa, en un peu plus d’une heure trente, des compositions originales de même que du Fats Waller, du Abdullah Ibrahim et du Django Reinhardt. Visiblement enjouée, elle dégage une joie contagieuse, mais pas dans mon cas. Le public aimait la voir bouger, lâcher quelques cris. Car elle s’exprime beaucoup sur scène, elle fait de larges mouvements de bras lorsque qu’elle joue. Aux États-Unis, on la considère comme l’une des meilleures clarinettistes. Son calendrier est chargé, ses collaborations nombreuses. Normal, elle excelle à cet instrument. Un jeu clair, précis, heureux. Au saxophone, on reconnaît un peu de Sonny Rollins et du Jackie Mclean, mais sans la profondeur et le tonus.
Accompagnée de bons musiciens (ces derniers largement associés au Smalls, ce club réputé de New-York) elle anima le concert autour de pièces convenues et prévisibles. Rien d’original ici, du hard-bop comme le public semble l’aimer avec la formule thème-solo-solo-solo-thème-finale. Confortable comme des vieilles pantoufles. C’est un peu le problème avec ces concerts. Ça aurait pu être joué en 1988, en 1992 en 2001 ou en 2011. Du jazz traditionnel joué de façon traditionnelle avec quelques tonus énergiques ici est là. Note favorable au batteur Daniel Freedman qui s’est démarqué selon moi. Style sec, parfois en rupture rythmique, sa composition fut le moment marquant du concert. On reverra ce batteur ! Enfin le tempo s’accélérait, les musiciens sortant de la zone facile. Sinon, le guitariste Howard Alden avec sa superbe guitare 7 cordes fit une apparition le temps de 2 morceaux; un standard avec l’ensemble et la pièce Nuages de Django en duo avec la clarinettiste. C’était, un autre, moment tendre du spectacle. Concert correct et gentil qu’on aurait apprécié d’avantage dans un endroit comme le Upstairs. Dans une série normalement réservée au jazz plus contemporain et exigeant ? Non, vraiment pas…
Note à moi-même : patience avec le public du FIJM, patience !
Maxime Bouchard
Du Vanguard au Savoy, CHOQ.FM / Jazz à crédit, CISM, 89.3 FM


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