Marc Ribot Caged Funk : My Body is a Cage…

Marc Ribot Caged Funk, 27 juin 2011, 20h, Théâtre Jean Duceppe

Oh boy, tout un projet que ce Caged Funk de Marc Ribot. Sans doute la chose la plus éclatée cette année au FIJM. La prémisse est la suivante : offrir une relecture de certaines compositions du compositeur américain John Cage (1912-1992) dans une ambiance électrifiée et funky ! Cage est ici l’inspiration, sa pensée devient le moteur, sans le copier on s’inspire de sa vision de la musique, de ses concepts et théories. La prise de risque est forte, il faut avoir de l’ambition, comme le soulignera en blaguant Marc Ribot.

Je ne suis pas un connaisseur de Cage. Je le connais indirectement par son influence sur une quantité d’autres musiciens. Je sais qui il est, la place qu’il occupe dans le monde de la musique. Je me lève pas le samedi matin en me disant, « messemble je feelerais pour du John Cage avec la Petrowski. » Par contre,  il n’est pas surprenant qu’un musicien comme Ribot explore son œuvre avec un tel projet, communauté d’esprit si on veut. Je ne crois pas qu’il fallait être un fan du compositeur afin d’apprécier la performance livrée lundi soir. Par contre, pour mieux l’intellectualiser, mettre en contexte et juger de manière plus sérieuse, je crois que oui.

Sur scène, 6 musiciens. 2 guitaristes (Ribot et Marco Cappelli parfois à la guitare préparée) de même qu’un claviériste (Bernie Worrell à l’Hammond B3 et au piano préparé), un bassiste (Brad Jones), un percussionniste (JT Lewis) et un homme au platine, en l’occurrence DJ Logic. Le concert débuta vraiment lourd, avec les 6 musiciens poussant un gros funk bien senti. Puis, la poussière retomba par après avec Sonata for Two Voices et une pièce laissant place à l’aléatoire, dirigée par Cappelli. Ce dernier indiquait au musicien quand jouer, le silence étant la matière brute de la composition. Dans l’esprit de Cage, le bruit ambiant alors soutenu devenait partie intégrante de la composition. C’était lourd, mais dans le mauvais sens !

Le concert prit véritablement son air d’aller par la suite. Vacillant entre funk, hasard, « minimalisme », aléatoire, le groupe offrit une musique parfois très dense, parfois mince comme le respire avec des interprétations de Credo in Us, Some of the Harmony of Maine et autres titres. Proposition contemporaine autant que son compositeur. Il y a eu une pièce solo de DJ. Logic où nous avons cru entendre John Coltrane et Black Sabbath ! Ribot souligna ensuite que Cage avait prédit qu’un jour la musique serait composée seulement de « quotations ». Beau moment aussi lors d’un long morceau joué à trois. Les deux guitaristes se relançant, l’un accompagnant l’autre en une sorte de « loop » comme dans une progression/régression harmonique intéressante, le batteur jouant des cymbales sous l’indication de Ribot.

Ribot est partout dans ce concert, il joue de la guitare, annonce les compositions, donne des indications aux musiciens. Avec son allure négligée, on pourrait croire qu’on entre ici dans une sorte de laboratoire musical, zone d’exploration, véritable « work in progress », où les partitions sont largement biffées, raturées. Il y a beaucoup à comprendre, mais nous n’avons pas toutes les clés, on reste perplexe. Le rappel sera électrique, dernière charge avant d’être libéré dans la foule moribonde…Cette fois on ne peut pas dire que le FIJM ait manqué d’audace dans ce théâtre au tiers plein ! Le regretteront-ils ?

Maxime Bouchard
Du Vanguard au Savoy, CHOQ.FM / Jazz à crédit, CISM, 89.3 FM

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